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dimanche 25 mars 2012

Matisse, l'art de la répétition


Par Valérie DuponchelleMis à jour  | publié  Réagir
Quel «Luxe» ! - Stylisé, plein comme la pierre et monumental comme une sculpture grandeur nature, Le Luxe II (1907-1908) est un tableau si important dans l'œuvre de Matisse qu'il est lié directement à deux de ses icônes : La Danse II (1910), trésor du Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, et L'Atelier rouge (1911), trésor du MoMA à New York, qui inspira Rothko dans sa série rouge sang du Seagram Building. Ce Luxe II, Matisse l'a d'ailleurs représenté, tableau dans le tableau, comme l'œuvre maîtresse de L'Atelier rouge peint à l'automne 1911, comme de L'Atelier rose peint au printemps (Musée Pouchkine, ancienne collection Serguei Chtchoukine).La même cimaise marie ici les deux versions comme les deux réponses à une recherche formelle. Le Luxe I (1907), tout en touches suaves que permet la peinture à l'huile, seins roses de la déesse, dos vert amande de la servante qui lui essuie les pieds, mauve de l'horizon qui oscille entre le gris doux et l'amorce du vert céleste (Centre Pompidou). De format, de sujet et de composition identiques, Le Luxe II est une détrempe sur toile peinte au retour d'Italie, sous l'influence de Giotto, une technique qui accentue la matité des à-plats très secs. Le dessin continu et tonique souligne cette platitude lisse de la matière picturale, ce hiératisme volontaire des formes, et crée une modernité étonnante pour 1907. Le collectionneur Johannes Rump pensait avoir acheté le premier en 1917 et fut décontenancé par le second. C'est aujourd'hui une des gloires du Statens Museum for Kunst de Copenhague. (Lucien Lung pour Le Figaro/Succession H.Matisse)
Quel «Luxe» ! - Stylisé, plein comme la pierre et monumental comme une sculpture grandeur nature, Le Luxe II (1907-1908) est un tableau si important dans l'œuvre de Matisse qu'il est lié directement à deux de ses icônes : La Danse II (1910), trésor du Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, et L'Atelier rouge (1911), trésor du MoMA à New York, qui inspira Rothko dans sa série rouge sang du Seagram Building. Ce Luxe II, Matisse l'a d'ailleurs représenté, tableau dans le tableau, comme l'œuvre maîtresse de L'Atelier rouge peint à l'automne 1911, comme de L'Atelier rose peint au printemps (Musée Pouchkine, ancienne collection Serguei Chtchoukine).La même cimaise marie ici les deux versions comme les deux réponses à une recherche formelle. Le Luxe I (1907), tout en touches suaves que permet la peinture à l'huile, seins roses de la déesse, dos vert amande de la servante qui lui essuie les pieds, mauve de l'horizon qui oscille entre le gris doux et l'amorce du vert céleste (Centre Pompidou). De format, de sujet et de composition identiques, Le Luxe II est une détrempe sur toile peinte au retour d'Italie, sous l'influence de Giotto, une technique qui accentue la matité des à-plats très secs. Le dessin continu et tonique souligne cette platitude lisse de la matière picturale, ce hiératisme volontaire des formes, et crée une modernité étonnante pour 1907. Le collectionneur Johannes Rump pensait avoir acheté le premier en 1917 et fut décontenancé par le second. C'est aujourd'hui une des gloires du Statens Museum for Kunst de Copenhague. (Lucien Lung pour Le Figaro/Succession H.Matisse)

En confrontant les toiles sœurs du «peintre inquiet du bonheur», le Centre Pompidou décrypte son processus créatif.

Peindre, qu'est-ce que cela veut dire? La réponse vous attend chez Matisse, univers de mesure qui respire la joie, la simplicité et la volupté, et qui se révèle une construction obstinée de la main et de l'œil. Plutôt qu'une énième célébration du «peintre du bonheur» adoré de tous (4,27 millions de réponses sur Google!), le Centre Pompidou s'est lancé sur la piste de la création. Comment l'esprit vient-il au peintre?
Comme toute discipline qui vise la perfection et le renouveau, il se débusque par la recherche incessante, la critique et la répétition, répond cette exposition conçue d'emblée avec un angle. L'essai pictural en seulement 60 tableaux et 40 dessins est un vrai antidote à la surdose souvent de mise. Vu les tableaux de légende mis en couple pour étayer l'hypothèse, la leçon d'histoire de l'art a tout de la promenade sur l'Olympe.

Scénographie aérée

«Pour une étude préliminaire, j'utilise toujours une toile de même taille que celle destinée au tableau définitif, et je commence toujours par la couleur, confiait Henri Matisse à la journaliste américaine Clara MacChesney, en visite dans son atelier d'Issy-les-Moulineaux en juin 1912. Je ne retouche jamais une étude ; je prends une nouvelle toile de la même taille, comme il m'arrive de changer un peu la composition. Mais je m'efforce toujours de rendre le même sentiment tout en allant plus loin. Une toile devrait toujours, selon moi, être décorative. Quand je travaille, j'essaie de ne jamais penser, seulement de sentir.»
La parole de l'artiste allège la visite qui s'abstient d'une avalanche de textes explicatifs. La scénographie est aérée, la couleur dosée comme un indice. Il suffit de regarder. Les tableaux s'éclairent mutuellement. Ils se ressemblent parfois aussi peu que des frères comme ces trois Pont Saint-Michel à Paris, peints autour de 1900: ils semblent être de la main de trois peintres différents.
Quand Matisse peint au printemps 1914 son Intérieur, bocal de poissons rouges, le soleil irradie le quai Saint-Michel de sa lumière de fin d'après-midi (Centre Pompidou). Quand il y revient à l'automne 1914 via Poissons rouges et palette, la mobilisation a été décrétée le 1er août, dans une France en pleines moissons. Le noir a envahi la composition, l'homme ne s'y lit plus qu'à travers un code formel, la douceur des jours s'est évanouie, la nature morte mérite son nom. C'est l'une des gloires du MoMA de New York.

Un petit rien qui change presque tout. Là encore, la confrontation des deux huiles sur toile est une exploration en direct d'un esprit qui crée, contemple et invente encore. À l'été 1912, Matisse peint une nature morte dans son atelier d'Issy-les-Moulineaux. Une chaise en bois avec un coussin en tissu, un vase de capucines posé sur une sellette de sculpture. En arrière-plan, La Danse: la première version (1909), toute bleu azur, herbe émeraude et chair douce aux accents nacrés, enivre les visiteurs du MoMA; la seconde (1910), vigoureuse, tonique et fauve à la chair orangée, ceux de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. En reprenant ces Capucines à la danse  même composition et même format -, il se décale légèrement sur la droite, petit rien qui change presque tout. La chaise au premier plan devient une demi-abstraction, la sellette une peinture en 3D que met en relief l'utilisation inversée du rose et du vert. Les danseurs à la carnation intense sur ce bleu plus dense jaillissent du mur. L'examen aux rayons X de la seconde version montre qu'elle ressembla d'abord beaucoup à la première, avant d'évoluer vers une audacieuse liberté synonyme de modernité affirmée. Les historiens évoquent la visite du Russe Chtchoukine dans l'atelier d'Issy-les-Moulineaux et la confrontation de ces nouvelles Capucines avec Conversation et Coin d'atelier, tout en intensité chromatique et en diagonales, dans la salle à manger du collectionneur. L'œil fait l'artiste qui en tira sa leçon. (Lucien Lung pour Le Figaro/Succession H.Matisse)
Un petit rien qui change presque tout. Là encore, la confrontation des deux huiles sur toile est une exploration en direct d'un esprit qui crée, contemple et invente encore. À l'été 1912, Matisse peint une nature morte dans son atelier d'Issy-les-Moulineaux. Une chaise en bois avec un coussin en tissu, un vase de capucines posé sur une sellette de sculpture. En arrière-plan, La Danse: la première version (1909), toute bleu azur, herbe émeraude et chair douce aux accents nacrés, enivre les visiteurs du MoMA; la seconde (1910), vigoureuse, tonique et fauve à la chair orangée, ceux de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. En reprenant ces Capucines à la danse  même composition et même format -, il se décale légèrement sur la droite, petit rien qui change presque tout. La chaise au premier plan devient une demi-abstraction, la sellette une peinture en 3D que met en relief l'utilisation inversée du rose et du vert. Les danseurs à la carnation intense sur ce bleu plus dense jaillissent du mur. L'examen aux rayons X de la seconde version montre qu'elle ressembla d'abord beaucoup à la première, avant d'évoluer vers une audacieuse liberté synonyme de modernité affirmée. Les historiens évoquent la visite du Russe Chtchoukine dans l'atelier d'Issy-les-Moulineaux et la confrontation de ces nouvelles Capucines avec Conversation et Coin d'atelier, tout en intensité chromatique et en diagonales, dans la salle à manger du collectionneur. L'œil fait l'artiste qui en tira sa leçon. (Lucien Lung pour Le Figaro/Succession H.Matisse)



La vie en bleu - Il y a de l'éblouissement dans l'air lorsque s'achève cette promenade matissienne devant la série des Nu bleu I, II, III et IV, réalisée à l'hôtel Regina de Nice au printemps 1952. Grâce à cette exposition négociée au sommet dans le cercle fermé des plus grands musées du monde, voici une parentèle rarement réunie qui vaut toutes les leçons de peinture. Le Nu bleuI, stylisé à l'extrême comme l'acrobatie d'une danseuse, vient de la Fondation Beyeler à Bâle. Les Nu bleu II et Nu bleu III ont la rondeur féminine des Tahitiennes aux gorges pleines, galbe souligné de vide par le seul jeu du ciseau. Elles sont des déesses modernes du Centre Pompidou depuis 1984 et 1982. Enfin, le Nu bleu IV ne mérite pas son numéro, car il est celui qui a donné naissance, par sa gestation complexe des volumes, à tous les autres. Le Musée Matisse de Nice a prêté cette merveille qui démontre le travail pensé et soupesé de Matisse. Le peintre procède à un collage très étudié de papiers gouachés et découpés pour obtenir ses à-plats monochromes et le mouvement réduit à son essence. Les traits au fusain courent sur la feuille de papier (102,9 × 76,8 cm). L'élan spontané comme un jeu d'enfant qui anime les trois autres nus bleus est, en fait, la somme d'une recherche expérimentale rigoureuse.
La vie en bleu - Il y a de l'éblouissement dans l'air lorsque s'achève cette promenade matissienne devant la série des Nu bleu I, II, III et IV, réalisée à l'hôtel Regina de Nice au printemps 1952. Grâce à cette exposition négociée au sommet dans le cercle fermé des plus grands musées du monde, voici une parentèle rarement réunie qui vaut toutes les leçons de peinture. Le Nu bleuI, stylisé à l'extrême comme l'acrobatie d'une danseuse, vient de la Fondation Beyeler à Bâle. Les Nu bleu II et Nu bleu III ont la rondeur féminine des Tahitiennes aux gorges pleines, galbe souligné de vide par le seul jeu du ciseau. Elles sont des déesses modernes du Centre Pompidou depuis 1984 et 1982. Enfin, le Nu bleu IV ne mérite pas son numéro, car il est celui qui a donné naissance, par sa gestation complexe des volumes, à tous les autres. Le Musée Matisse de Nice a prêté cette merveille qui démontre le travail pensé et soupesé de Matisse. Le peintre procède à un collage très étudié de papiers gouachés et découpés pour obtenir ses à-plats monochromes et le mouvement réduit à son essence. Les traits au fusain courent sur la feuille de papier (102,9 × 76,8 cm). L'élan spontané comme un jeu d'enfant qui anime les trois autres nus bleus est, en fait, la somme d'une recherche expérimentale rigoureuse. Crédits photo : Lucien Lung pour Le Figaro/Succession H.Matisse

«Matisse. Paires et séries», Centre Pompidou, jusqu'au 18 juin.  À lire: «Matisse, le ciel découpé », Citadelles & Mazenod, 59 €.  Le Musée Matisse, à Nice, présentera une exposition à partir du 15 juin.
LIRE AUSSI:
» INTERVIEW - Philippe Sollers: «Trop contemplatif…»
» Le dessin contemporain à l'honneur
» David D. Duncan: «Picasso, mon ami»
» Josef Albers en Amérique: peintures sur papier
» Lucian Freud, un portraitiste sur le divan

http://www.lefigaro.fr/culture/2012/03/08/03004-20120308ARTFIG00819-matisse-l-art-de-la-repetition.php 

10/03/2012

Commentaires

Excellent! je suis ravi de vos commentaire et de cet enthousiasme. Oui! Robert Combas est un très grand artiste.
Vous me donnez envie d'allez voir l'Expo !!
et aussi il me vient que :
Combas est un pauvre peintre (comme moi) qui a reussi (pas comme moi).
Pour faire du Combas il faut mettre l'atelier dans sa peinture, quelque chose Comme ca :
""""
et que cela n'est pas tout a fait..."l'oeuvre de Combas" une liberation totale de la peinture
par rapport aux bien propret des installations d'art parisienne, Il reste bien malgre lui
prisonnier du systeme qui l'a produit. dont-il me semble en vous lisant (mais là je devrais allez voir l'expo avant de parler)
qu'il a les plus grandes difficultés a en sortir.
Ce qui n'est pas le cas par exemple
(excusez moi mon multimediatisme ) de Boulez (tres rock punk) qui lui a une production
qui transcende ses origines socio-culturelles.
-----------------
Pierrot est d'origine assez modeste. Son père était tailleur, même s'il revenait de temps en temps. Sa mère était saisonnière,
son travail était d'amputer les prisonniers allemands en temps de guerre. On peut supposer qu'ils ne mangeaient pas tous les jours.
C'est donc dans un environnement très prompt à l'élévation intellectuelle que le petit Pierre (sa croissance fût assez tardive)
commence ses études. C'était un enfant rebelle, comme vous auriez pu vous en douter. Il a de ce fait très mal supporté l'école,
les rares fois où il y est allé, mais ses résultats furent assez exceptionnels, et témoignaient d'une vivacité d'esprit déjà hors du commun.
Après avoir obtenu son bac dans une pochette surprise, le petit Pierrot entre en fac de maths. Il est bien évidemment obligé de s'assoir
au premier rang pour pouvoir suivre. Son professeur voyait en lui l'avenir de la recherche scientifique, mais il n'avait pas assez de barbe
pour rentrer au CNRS. Au lieu de devenir chercheur en maths, il se contenta donc d'un poste de chercheur à l'ANPE, moins gratifiant
certes, mais moins éprouvant également.
http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Pierre_Boulez
Je ne connais pas les derniers travaux de Combas. Mais ces années 80, c'était un beau bordel. La peinture était indissociable de la musique. Dans les fêtes, nombreuses et sauvages, on peignait en live pendant les concerts. Africa Bambaata avait lancé la nation Zulu et le rap d'alors fricotait plus avec le graff ou la politique qu'avec les caisses allemandes ou les vestiares Vuitton. Pour les critiques, toutes les vagues étaient nouvelles. Le nom de Combas était collé à une dizaine d'autres, plus ou moins héritiers des gens de Bazooka. Punks ou anciens Punks croisaient rappeurs et pionniers de la world. La figuration libre l'était autant que tout ce chaos festif. On baisait encore sans préservatifs...
Bonjour,
D'un côté, votre enthousiasme fait plaisir à lire, d'un autre, vous ne pouviez mieux résumer qu'avec ces deux formules:
«Trois étages de débordements picturaux»
«un artiste qui pisse de la peinture»
Sans nier quelques qualités, je ne peux m'empêcher de trouver à toute cette production un manque d'auto-critique, de réflexion, de temps d'arrêt. Tant que ça se vend, tant qu'on a l'ivresse, on barbouille, on «pisse», il en sortira toujours quelque chose. Quant à sa culture, j'ai l'impression de voir la «culture» jetée en vrac dans une moulinette, et que le hachis qui en ressort, il le recueille dans de grandes bassines et va le tartiner à la truelle sur toutes les surfaces. À cinquante ans passés, il serait temps de passer à autre chose; mais comme vous l'écrivez, il a besoin de retour. Pourquoi changer s'il y a un public pour ça ?
Post très intéressant. Une photo illustrative d'un des aspects de son oeuvre, comme vous l'avez fait pour Anna Molinari (il ya a fort longtemps), aurait été la bienvenue.
Cordialement.
Correction: je voulais faire référence à
Anita Molinero, post du 10/04/11
en suivant se lien vous trouverez une visite virtuel
http://www.mac-lyon.com/mac/sections/fr/expositions/2012/robert_combas/visite_virtuelle
ou sinon le site de Robert Combas :
http://combas.com/
à lire dans Beaux-arts Magasine de Février: "pour ou contre" la rétrospective Combas à Lyon avec Bernard Marcadé d'un coté et Pierre Sterckx de l'autre (et même si l'accroche est stupide, a-t'on toujours besoin d'être "pour" ou "contre" d'un point de vue esthétique, c'est très scolaire et c'est intellectuellement tendance d'être positionné et péremptoire...passons). Leurs deux propos sont intéressant, Marcadé s'enthousiasmant pour la vie débordante, le brindzinge, le foisonnement de cette peinture et Sterckx mettant en question la qualité proprement picturale de la peinture de Combas. Et là, je suis d'accord avec lui, même si son travail est prodigieusement vif et pêchu, du point de vue de l'espace peint, de la couleur, c'est mauvais disons que ça ne se joue pas là, c'est plat, plus proche de l'illustration et ce n'est pas péjoratif, j'ai du respect pour ce genre, mais nous ne sommes plus dans la peinture. Comme dit dans un précédent commentaire il manque sûrement de "temps d'arrêt" dans ce travail. Peinture et temps d'ailleurs...on touche là la matière même de ce médium de ses définitions de ce qu'elle est, et c'est ici que c'est passionnant.
"La fabuleuse culture d'un artiste inculte". Mouais, mouais, mouais... Un peu jésuite, non ?
@ Olive
Ces "temps d'arrêt" s'appellent des "silences". Voir ce qu'a écrit JB Pontalis à ce sujet.
Pardon d'y revenir "hors-sujet", mais on appelle de ses voeux la deuxième chronique de la débâcle : celle de Hollande, qui se confirme, hélas. (Le croisement des courbes est le prétexte de la propagande bien réelle.) L'ère populiste-libérale, référendaire en apparence, va commencer. L'art notamment y vivra pleinement
la "guerre au nerf optique"...
Je vois souvent les hors sujets moi aussi , mais souvent je ne sais pas par quel magie ils ne le sont pas du tout :
quel rapport avec Combas ?
Incroyable, Geronimo jr inaugurera la 94e Foire de Lyon le vendredi 16 mars prochain et y sera présent tout le premier week-end !
http://www.lyon-saveurs.fr/?p=22430

Jean Giraud : un géant du 9e art s'en est allé

Mots clés : 
Par Olivier DelcroixMis à jour  | publié  Réactions (52)
En 2008, à Poitiers.
En 2008, à Poitiers. Crédits photo : ALAIN JOCARD/AFP

VIDÉO - C'était l'un des dessinateurs français les plus importants de sa génération. Jean Giraud alias Moebius est mort ce samedi à Paris des suites d'une longue maladie.

Sous le pseudonyme de Gir, Jean Giraud avait été le créateur du célèbre cow-boy Mike Steve Blueberry avec le scénariste Jean-Michel Charlier (né en octobre 1963 dans les pages du journal Pilote). A la fin des années 1960, Gir s'émancipa des colonnes du journal dirigé par René Goscinny pour participer à l'aventure de la revue de science-fiction Métal Hurlant, sous le pseudonyme de Moebius.

En 2009, à Paris.
En 2009, à Paris. Crédits photo : FRANCK FIFE/AFP

Né le 8 mai 1938 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), Jean Henri Gaston Giraud aura passé une enfance assez terne dans la banlieue parisienne. Fils de parents divorcés, le jeune Jean passe ses journées à dessiner des cow-boys et des Indiens. Il adore le cinéma et les westerns. Il réussit à publier sa première histoire, Les Aventures de Frank et Jérémie, dans la revue Far-West, à l'âge de 16 ans. Diplômé des arts appliqués, il travaille dès l'âge de 18 ans dans des revues pour enfants comme Cœur vaillant ou Fripounet et Marisette.
Après avoir effectué son service militaire en Algérie, Giraud devient l'élève de Joseph Gillain, l'auteur de Jerry Spring. Il commence à publier des westerns dans Spirou, notamment La Route de Coronado. C'est à ce moment qu'il se fait remarquer par Jean-Michel Charlier qui lui propose de dessiner les aventures du lieutenant Mike Steve Blueberry dans le journal Pilote. Sa série western lui assure très vite une grande notoriété. «À l'époque, expliquait-il récemment au Figaro, Jean-Paul Belmondo était un tel archétype, très nouveau dans l'imaginaire. Un jeune homme assez vilain, avec un nez cassé, mais une icône de la nouvelle vague. Moi qui étais féru d'avant-garde, j'ai voulu parrainer Blueberry sous ce signe-là, en m'inspirant de cette énergie brute!»
Sous le pseudonyme de Moebius (en référence au nom d'un mathématicien allemand créateur du ruban de Möbius symbolisant l'infini), le «Rimbaud de la BD», dixit Gillain, s'évade dans des univers délirants et fantastiques.
Ce qui lui vaudra d'être consacré «meilleur artiste en arts graphiques» par Jack Lang en 1985 et décoré de l'ordre des Arts et des Lettres par François Mitterrand. Un timbre postal français l'honorant et reproduisant une de ses créations sera également émis en 1988.

George Lucas s'est inspiré de lui pour Star Wars

L'importance de l'œuvre de celui qu'on surnommait «Dr Gir et Mr Moebius» n'est plus à démontrer. Le Janus de la BD franco-belge va laisser un très grand vide. On ne compte plus les dessinateurs du monde entier qui se sont inspirés de son style.
Les Américains se sont aperçus très rapidement des multiples talents de Moebius. George Lucas s'inspire de ses visions futuristes pour La Guerre des étoiles. Ridley Scott travaille dès 1978 directement avec lui sur le premierAlien. Moebius crée ainsi en un temps record les combinaisons spatiales de Sigourney Weaver et certains intérieurs du vaisseau Le Nostromo. Les créateurs de Tron font appel à lui au début des années 1980 afin qu'il conçoivent l'univers du film. Le vaisseau spatial solaire est son œuvre. En 1995, comme un juste retour des choses, Luc Besson fait à nouveau appel aux talents de Moebius et son ami Jean-Claude Mezières pour son film de science-fiction avec Bruce Willis Le Cinquième Élement.
Entre les lignes, on perçoit que ce film rend hommage à L'Incal conçu avec Alexandro Jodorowsky. La profonde amitié qui unit les deux créateurs remonte à 1975. «Jodo» et Moebius avaient alors tenté l'aventure du cinéma hollywoodien en proposant ni plus ni moins que l'adaptation du roman-fleuve de Frank Herbert, Dune. Le projet n'aboutira pas. Mais de cette collaboration naîtra une œuvre maîtresse de la BD d'anticipation: la saga de L'Incal.
Moebius est également le premier à créer des BD surréalistes, sans scénario comme Arzack. Ou à se lancer dans le space opera dessiné avec Le Garage hermétique de Jerry Cornélius, BD créée au fil de la plume, à l'instinct, chaque mois dans la revue Métal Hurlant.

Un homme attachant et drôle

Dans la vie Jean Giraud/Moebius était un homme tout à fait attachant, un peu lunatique, toujours bouillonnant d'idées, bourré d'humour et d'autodérision.
En 2010, la Fondation Cartier pour l'art contemporain lui avait consacré une formidable rétrospective, «Moebius Transe-forme». «Les gens mettent toujours une charge romantique dans l'acte de création, avait-il déclaré auFigaro. Mais c'est quelque chose de très ordinaire.»
Même s'il prétendait parfois le contraire, Jean Giraud sera resté toute sa vie un artiste assez humble et discret. Quand certains journalistes le qualifiaient de «Picasso du 9e art», il répondait: «Je n'aime pas ce genre de comparaison. Néanmoins, en mettant de côté un quelconque aspect hiérarchique, nous avons en commun la capacité de garder un cap artistique, tout en montant sur nos propres épaules en permanence. À une exception près, cependant. Picasso a joué sa vie artistique de période en période, en faisant ce que j'appelle du “coupé-collé”. Moi, je me trahis tout le temps, certes, mais je n'abandonne rien. Je fais du “copié-collé”.»
Le reportage vidéo du Figaro.fr lors de la rétrospective à la Fondation Cartier:


Election présidentielle 2012

  • Georges Pompidou candidat pour 2012, ou l'art de faire le buzz en politique

    lundi 19.03.2012, 05:23PAR SAMI CHEBAH
    Un collectif d'artistes a ressuscité Georges Pompidou pour la campagne présidentielle de 2012.Un collectif d'artistes a ressuscité Georges Pompidou pour la campagne présidentielle de 2012.

    | INSOLITE |

    Il est mort pendant son mandat présidentiel. Il est candidat après sa mort. Georges Pompidou est en campagne pour la présidentielle de 2012. Sur les murs en tout cas. Une campagne d'affichage, plus vraie que les vraies, a été lancée par un collectif d'artistes.
    Du temps de la fin des Trente Glorieuses, le néologisme n'avait même pas été inventé. Et pourtant, Pompidou fait le buzz. Georges Pompidou, président jusqu'à sa mort, en 1974. Candidat en 1969. Et puis aussi, à la présidentielle de 2012.
    Elles ont fleuri sur les murs d'expression libre de la métropole comme un nez de clown sur un contrôleur des impôts endimanché. Les affiches de campagne de l'ancien président, fond bleu, photo surannée d'un Cantalien qui sourit. Et un slogan de campagne 2012, qui claque comme un fouet de Zorro en technicolor : « Ni trop tôt ni trop tard, Pompidou maintenant. » Hier au marché dominical de la place Caulier, les militants PS, UMP ou MoDem étaient là, comme chaque dimanche ou presque. Et puis il est arrivé. Régis Marie, gilet bleu à étoiles blanches, chemise immaculée, cravate seventies, et badge à la boutonnière : « Pompidou président ». On aurait juré un responsable de campagne américaine égaré à Fives.
    Emmaüs
    Un jour de mai 2011, ce plasticien de 38 ans déniche chez Emmaüs une série d'affiches d'époque de Pompidou, alors candidat à la présidentielle d'un autre siècle. Avec slogan et trombine de trois-quarts qui sonde l'horizon. Dans la tête du Fivois, c'est le déclic, il se dit : « C'est fou ! La sémantique n'a pas changé ! Pompidou prônait lui aussi le changement, avec les mêmes mots qu'aujourd'hui !
     » Un copier-coller qui traverse les générations, un relais facile qu'on se tend d'un candidat à l'autre.
    De cette découverte naît l'absurde. La résurrection d'une figure politique. La campagne d'un mort. Avec au moins un objectif, « le parasitage ». Pas de la campagne, mais des regards mornes portés sur une campagne « triste », estime le plasticien. Que le candidat soit de gauche ou de droite, peu importe, l'important, c'est qu'il soit - paix à son âme - mort. « Pompidou, c'est un vecteur », dit-il. C'est tout, rien de plus. Pas de programme ni de politique. Un support pour l'imagination débordante d'une bande d'artistes qui jubilent de ce jouet, de cette matière première décalée. Et puis, « Pompidou, c'est le centre Beaubourg », se marre Régis. Alors oui, « Pompidou, c'est le candidat des artistes, à l'heure où tous les candidats, de l'extrême gauche à l'extrême droite, s'autoproclament candidats des ouvriers. Ils sont tous candidats des ouvriers ! »
    Circulez !
    Pompidou 2012, c'est aussi l'instrumentalisation politique dénoncée. « Comme quand un élu de droite cite Jaurès ou Blum, nous aussi on crée la confusion. » L'équipe de campagne de Pompidou s'organise comme une vraie. Avec ses colleurs, par secteur. Sur le chemin des panneaux d'expression libre, ils croisent des militants des partis officiels, et des passants. « Un jour, une dame me dit : "Mais il est mort, vous savez ?". » Régis Marie, du tac-au-tac : « Ah bon ? Ah ben merci, madame ! » Une brigade de la BAC qui l'arrête alors que la bande part coller : « On peut voir vos affiches, s'il vous plaît ? » Ils déroulent. « OK. Merci. » Et puis rien, circulez ! La campagne bat son plein, comme on dit. Mille affiches ont été imprimées, autant d'autocollants ; des badges à l'américaine ont été pressés maison.
    Et des tractages sur les marchés sont en préparation. Le premier objectif, surprendre, interpeller, « parasiter », est rempli. Celui de fédérer des talents, de créer aussi. Jusqu'au 22 avril, le collectif continuera à mimer les stratégies des partis officiels. À jouer sur l'image et les mots. Comme un miroir, qui ne flatte pas toujours. Pompidou était un président. C'est désormais une oeuvre. •
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