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A Collection of Greek and Roman sculptures

samedi 15 octobre 2011


La restauration de la Sainte Anne de Léonard de Vinci



1. Léonard de Vinci (1452-1519) La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne Avant restauration Huile sur panneau - 168 x 130 cm Paris, Musée du Louvre Photo : 2007 Musée du Louvre/Angèle Dequier
Le Louvre et le C2RMF recevaient aujourd’hui, autour de laSainte Anne et la Vierge (ill. 1) de Léonard de Vinci en restauration, les journalistes spécialisés. Cette conférence de presse, prévue depuis plusieurs semaines, tombait à pic, à la suite de l’article très alarmiste publié par Daphné Bétard dansLe Journal des Arts paru le 7 octobre dernier. Les restaurations de tableaux, surtout si elles touchent à un chef-d’œuvre universel de la peinture, font souvent polémique. Nous avions nous même critiqué, pour le retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, non le résultat car nous n’avons pas encore vu l’œuvre, mais la procédure suivie.
Il est donc nécessaire de s’entourer d’un maximum d’avis et des études les plus complètes avant de se lancer dans une entreprise de ce genre. Il semble bien que la restauration de laSainte Anne actuellement menée par le C2RMF et le Musée du Louvre le soit dans les règles de l’art et donne des résultats très satisfaisants.
Nous avons pu voir le tableau et entendu les explications des différents intervenants, Bruno Mottin et Pierre Curie pour le C2RMF, Vincent Pomarède et Vincent Delieuvin pour le Musée du Louvre, ainsi que celles de la restauratrice choisie à l’issue de l’appel d’offre, Cinzia Pasquali. Ceux-ci ont rappelé que cette intervention était devenue indispensable pour trois raisons principales : des micro-soulèvements dus à l’épaisseur des vernis qui tirent sur la matière picturale, une surépaisseur généralisée des vernis qui rendait l’œuvre jaunâtre, masquant la subtilité du pinceau de Léonard, et des repeints dont les couleurs avaient viré, ce qui occasionnait de multiples taches, notamment sur le manteau de la Vierge.
Dès 2003, à l’arrivée de Vincent Pomarède à la tête du département des peintures, la restauration de la Sainte Anne avait été envisagée, alors qu’une tentative avortée avait eu lieu en 1993. Les examens ont été longs et complets pour bien comprendre l’état du panneau et de la surface picturale. En 2009 eut lieu une journée d’étude dédiée à Léonard de Vinci, qui réunit les meilleures spécialistes. Le tableau a été examiné par le comité de restauration interne au Louvre nouvellement créé, puis un comité scientifique spécifique pour la Sainte Anne a été formé, qui s’est réuni une fois avant le début de la restauration, puis deux fois depuis, la prochaine réunion devant avoir lieu au mois de novembre.

2. Léonard de Vinci (1452-1519) La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne Détail, avant restauration Huile sur panneau - 168 x 130 cm Paris, Musée du Louvre Photo : 2007 Musée du Louvre/Angèle Dequier
3. Léonard de Vinci (1452-1519) La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne En cours de restauration L’allègement des vernis de cette partie du tableau est celui qui sera conservé Huile sur panneau - 168 x 130 cm Paris, Musée du Louvre Photo : C2RMF/Jean Louis Bellec
De l’aveu même de Vincent Pomarède, les débats ont été contradictoires, certains voulant aller plus loin, d’autres souhaitant rester plus prudents. Dans un premier temps, le nettoyage a été léger, laissant une épaisseur de vernis qui donnait un résultat très désagréable à l’œil, beaucoup trop jaune [1]. Puis un deuxième allègement a été mis en œuvre, au niveau du paysage, qui fait ressortir toutes les nuances de bleu, de manière absolument extraordinaire (ill. 2 et 3). Selon le directeur du département des peintures, une majorité des membres du comité souhaitait pousser encore plus loin le nettoyage, tandis que d’autres y étaient farouchement opposés. Une telle dissension n’a rien de choquant et montre que les débats nécessaires ont eu lieu. Il faut cependant faire un choix, et Vincent Pomarède a fait celui de la prudence en décidant de s’arrêter à ce niveau. Cette décision était-elle déjà prise depuis la fin de l’été, comme on nous l’a dit, ou l’article du Journal des Arts, en mettant au jour certaines craintes de membres du comité, a-t-il influencé celle-ci ? Nous penchons, d’après nos informations, pour la première hypothèse. Mais en révélant les inquiétudes de certains spécialistes, Daphné Bétard a certainement joué malgré tout un rôle utile. Il convient, parfois, de rappeler que toute restauration est une opération délicate et qu’on ne peut prendre le moindre risque avec un tel chef-d’œuvre, à la technique par ailleurs si particulière.
Le discours du Louvre et du C2RMF s’est avéré convainquant et cohérent, à l’exception peut-être de la question de l’épaisseur du vernis devant rester sur le tableau. Si l’on comprend bien que celle-ci peut varier en fonction de sa densité ou de la surface picturale elle-même qui n’est pas uniformément lisse, et qu’il s’agit donc d’une moyenne, les chiffres fournis varient selon les intervenants qui, pour certains parlent de 6 à 10 microns et d’autres de 8 à 12 microns. Si l’on ajoute qu’on ne peut évidemment pas mesurer partout l’épaisseur des vernis et que cette mesure (possible seulement depuis peu, grâce à une technique mise au point au C2RMF) n’est elle même juste qu’à 2 microns près, on comprend que l’exercice n’est pas simple, d’autant qu’il faut également que les différentes zones du tableau s’harmonisent esthétiquement.
Les solvants utilisés pour cet allègement, l’éthanol et la ligroïne, sont connus depuis longtemps mais, d’après le C2RMF, le protocole mis en œuvre a évolué. Aujourd’hui, neuf mélanges différents de ces composants sont utilisés. Le nettoyage a été effectué lentement, et de manière très précautionneuse. Jamais la couche picturale n’a été mise à nue, et l’épaisseur du vernis sur les visages restera plus importante (25 microns environ). Les repeints sont éliminés (ce qui n’était pas possible en 1993 car on ne connaissait pas cette technique) grâce à des gels contenant des solvants qui permettent de circonscrire leur action exactement à la zone concernée.
Des endroits plus dégradés ou fragiles ont fait l’objet d’investigations plus poussées. Il s’agissait par exemple, pour la zone située en dessous de la main droite de la Vierge, de déterminer si son caractère opaque était ou non dû à un chancis (c’était le cas). D’autres questions restent en suspens et devront faire l’objet d’une décision à la suite des délibérations du Comité scientifique, comme conserver, ou non, les arbres ajoutés dans la partie droite, au XIXe siècle, peut-être par un restaurateur n’ayant pas compris le tableau. Vincent Pomarède penche (à raison selon nous), pour une conservation de ces repeints qui font partie de l’histoire de l’œuvre, mais cela dépendra aussi de son aspect général à la suite des allégements en cours.
En définitive, à la question : le tableau nécessitait-il une restauration, la réponse est oui. A l’autre question : la restauration est-elle faite dans les règles de l’art, progressivement, en interrogeant régulièrement un comité scientifique constitué des meilleurs spécialistes ? la réponse est encore positive. Seul bémol : il pourrait paraître discutable qu’une exposition soit planifiée (en mars prochain) avant que la restauration ne soit terminée. Imposer une date de fin à une opération de ce genre, pour laquelle des problèmes inattendus peuvent toujours survenir, n’est jamais une bonne idée. Vincent Pomarède a tenu à nous rassurer sur ce point, nous affirmant clairement que l’exposition serait repoussée au cas où de nouveaux problèmes surgiraient.
Le directeur du département des peintures a par ailleurs souligné que, pour le Louvre, communiquer sur une restauration en cours était une première. Il faut souhaiter que cette pratique se développe. Les restaurations sont évidemment des opérations techniques, qui peuvent donner lieu à de mauvaises interprétations, mais il s’agit d’un risque à courir. Le mystère qui a longtemps entouré ce projet (nous avions demandé à voir le tableau depuis deux mois et demi, et deux fois le rendez-vous a été annulé) finit forcément par provoquer des soupçons, même lorsqu’il n’y a rien à cacher. N’oublions pas qu’il s’agit de collections publiques.

Didier Rykner, vendredi 14 octobre 2011


Notes

[1] Des témoins des différents états d’allègement sont encore visibles sur la peinture.


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